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En finir avec le mythe de la bosse des maths : une nouvelle approche pédagogique

Selon un entretien accordé au Café pédagogique, le mathématicien Hugo Duminil-Copin et le chercheur en sciences cognitives Emmanuel Sander publient un ouvrage commun dans lequel ils s'attaquent frontalement au mythe de la « bosse des maths ».

En finir avec le mythe de la bosse des maths : une nouvelle approche pédagogique

Leur pari mérite qu'on s'y arrête: montrer comment la psychologie des intuitions peut transformer la didactique de la discipline, et surtout libérer les élèves d'une vision qu'ils qualifient eux-mêmes de « fixiste » — celle qui enferme chaque apprenant dans ce qu'il est censé être, au lieu de considérer ce qu'il peut devenir.

Repérer la notion invisible derrière l'erreur

Dans les premières pages de leur livre, les deux auteurs développent un argument qui résonne avec notre travail quotidien auprès des collégiens: notre culture tout entière est mathématisée, et des notions qui ont demandé des siècles à l'humanité pour être inventées — le zéro, le signe « = », les nombres négatifs — sont devenues si familières qu'elles semblent aller de soi. Un enfant se les approprie en quelques années et acquiert ainsi des connaissances qui auraient été étrangères aux plus grands savants du passé.

L'anecdote qu'ils mobilisent éclaire ce mécanisme mieux qu'un long discours. Des jeunes vendeurs de rue au Brésil, très habiles dans les calculs de leur activité quotidienne mais peu ou pas scolarisés, ont construit une conception efficace de la multiplication comme addition répétée. Face à 3 × 50, ils calculent sans peine 50 + 50 + 50. Mais face à 50 × 3, ils cherchent à additionner cinquante fois le chiffre 3 et se perdent dans le calcul — sans jamais envisager d'inverser les facteurs. Ils maîtrisent l'addition, mais n'accèdent pas à la commutativité.

Ce qui est précieux dans cet exemple, c'est qu'une personne scolarisée a généralement oublié qu'elle a dû, un jour, apprendre cette propriété. À force d'être maîtrisée, une connaissance cesse d'être perçue comme un acquis. C'est précisément à cet endroit que se logent la plupart des blocages que nous observons en classe: non pas dans un défaut de talent, mais dans une notion invisible qui n'a pas encore été étayée.

Deux postures face au même blocage

À la lecture de l'entretien, nous distinguons assez clairement deux postures pédagogiques qui s'affrontent. La première, « fixiste », interprète l'erreur comme le signe d'un manque et conclut trop vite qu'un élève n'a pas ce qu'il faut pour progresser. La seconde cherche à identifier la notion invisible qui n'a pas encore été construite: derrière une opération apparemment évidente, quel apprentissage a été nécessaire?

Cette seconde posture repose sur trois gestes simples, mais qu'on oublie trop vite:

  • Nommer explicitement les propriétés utilisées: commutativité, distributivité, invariant d'une égalité — autant de briques que l'enseignant manipule sans y penser, mais que l'élève doit encore s'approprier.
  • Faire vivre la notion avant de la formaliser: proposer des situations variées — jeux de marché, défis numériques, problèmes concrets — où la propriété émerge du besoin, plutôt que d'être posée comme une règle abstraite.
  • Varier les représentations d'un même objet: un nombre négatif peut être exploré sur une droite graduée, par une dette dans une situation de marché, ou par un déplacement en sens contraire. Chaque entrée ancre un peu plus le concept.

Un cadre pour bâtir, séance après séance

En s'appuyant sur la psychologie des apprentissages, Duminil-Copin et Sander nous offrent un cadre pour repenser la progression: non plus empiler des savoirs, mais consolider pas à pas les intuitions sur lesquelles repose chaque concept. Pour les enseignants de collège comme pour les parents qui accompagnent leur enfant face à une notion inexplicablement bloquée, l'ouvrage constitue à nos yeux un support précieux — une occasion de bâtir, séance après séance, une compréhension plus juste de ce que signifie réellement « faire des mathématiques ».