Mathématiques et lecture : comment enrayer la chute des résultats scolaires
La variable à corriger en priorité: on ne progresse pas quand la moyenne globale recule autour de soi. Les résultats PISA 2025 publiés le 8 septembre placent la Fédération Wallonie-Bruxelles à 467 points en mathématiques — une perte de 28 points depuis 2018.

La France accuse un recul de 474 à 458 points en trois ans, soit −16 points. Deux systèmes éducatifs, une même trajectoire descendante. Pour qui enseigne la logique, l'algorithme ou le calcul au collège, c'est un diagnostic opérationnel: le socle sur lequel on bâtit s'érode.
Itération 1: lire les chiffres sans filtre
Ne pas lisser la réalité. En France, 36 % des élèves sont en difficulté en maths contre 29 % en 2022. Seuls 5 % atteignent les deux meilleurs niveaux de l'évaluation — contre 8 % en moyenne OCDE. Six élèves sur dix seulement maîtrisent au moins le niveau 2, défini par l'OCDE comme la capacité à « interpréter et reconnaître, sans instruction directe, la manière de représenter mathématiquement une situation simple ». Traduction concrète: un élève sur trois ne parvient pas à traduire un énoncé simple en expression mathématique. Sans ce réflexe, aucune variable ne se pose, aucune boucle ne s'écrit, aucune condition ne se teste.
En FWB, le constat est similaire: −28 points en maths, −15 en lecture depuis 2018. Le score stagne à 467. L'écart entre élèves très favorisés et très défavorisés reste parmi les plus marqués des pays testés — en France comme en Belgique francophone.
Variables identifiées par l'OCDE
L'enquête pointe plusieurs facteurs. Liste:
- Effort et persévérance en baisse — les élèves répondent davantage, mais de façon erronée, signe d'une exécution sans vérification.
- Textes longs et tâches complexes décrochent les élèves — or un problème de maths structuré est un texte long avec contraintes.
- Plaisir de lire en recul — corrélation directe avec la capacité à décoder un énoncé mathématique.
- Absentéisme en hausse — chaque séance manquée est une itération perdue dans une séquence logique.
- Climat scolaire plus difficile — le cadre dégradé réduit le temps effectif d'apprentissage.
- Attention des parents pour l'école en baisse — pas de relais hors classe.
Le Covid joue un rôle, analyse Valérie Quittre, analyste PISA à l'ULiège: les élèves interrogés avaient 11 ans au moment de la crise sanitaire. Mais la chute « est trop importante » pour s'y résumer.
Ce qui change dans la méthode d'enseignement
Si un tiers des élèves ne franchit pas le niveau 2, alors la séquence d'enseignement classique — définition, exemple, exercice — échoue pour un public large. Trois ajustements concrets:
1. Vérifier l'itération avant d'incrémenter. Avant d'introduire une notion (variable, boucle, condition), tester si l'élève peut reformuler le problème dans ses propres mots. Si non, l'itération est vide: on ne passe pas.
2. Fragmenter les tâches complexes en sous-programmes. Un énoncé long = plusieurs blocs courts. Une boucle Tant que ne se comprend que si chaque sous-étape est maîtrisée isolément.
3. Réintroduire le traceur manuel. Faire exécuter l'algorithme à la main, ligne par ligne, sur papier. Si l'élève ne trace pas, il ne comprend pas la séquence — il mémorise une forme.
Les systèmes qui « cumulent grandes équité et bons résultats » existent, note Sophie Bricteux, chercheuse à l'ULiège. Le Japon et la Corée du Sud occupent le top 3 dans toutes les branches. L'Estonie atteint 508 points en maths — 41 points au-dessus de la France.
Ce qu'il faut vérifier dans sa propre classe
Test rapide: donner un problème ouvert de 3 lignes sans chiffre, type « Décris les étapes pour savoir si un nombre est divisible par 3 ». Si moins de 60 % des élèves produisent une suite d'instructions cohérente, le niveau de lecture logique est sous le seuil PISA niveau 2. Corriger ce point avant toute notion d'algorithme.