Genre et mathématiques : décrypter les disparités scolaires dès le primaire
Le Collège de France consacre, en cette rentrée, une journée d'étude à une question que nous rencontrons souvent dans nos classes: les disparités de genre en mathématiques.

Derrière ce titre officiel, c'est un constat familier qui se dessine — celui d'élèves qui hésitent devant une démonstration qu'elles seraient pourtant capables de mener, quand d'autres s'élancent sans vérifier leur raisonnement. Ce déséquilibre, trop souvent attribué à la personnalité de l'élève, prend racine bien plus tôt — souvent dès l'école primaire — et c'est précisément cet enracissement que la recherche empirique vient interroger, en croisant les regards de la psychologie cognitive et de la didactique.
Ce que la journée met au jour
Comme l'indique l'institution, deux axes structurent les échanges: d'une part, l'analyse des écarts de performance en mathématiques depuis l'école primaire; d'autre part, l'examen de l'impact des réformes sur la formation mathématique des élèves. L'enjeu, pour notre communauté d'enseignants et de parents, est limpide: disposer d'un cadre empirique actualisé, afin de distinguer ce que la recherche observe de ce qui relève du stéréotype encore diffus. Car, dans nos classes comme à la maison, ces représentations cheminent parfois plus vite que les programmes — et finissent par peser sur la trajectoire scolaire bien avant le collège.
Deux approches à comparer, et trois gestes à étayer
Plutôt que d'attendre les actes pour faire bouger nos pratiques, comparons dès maintenant deux entrées pédagogiques face à une même notion — par exemple, l'introduction des fractions en sixième. L'approche déductive, qui part de la règle formelle avant de l'illustrer, avantage souvent les élèves déjà confiants dans l'abstraction; l'approche manipulatoire, qui fait manipuler des parts découpées avant d'écrire l'égalité, ouvre un espace où les élèves les plus hésitantes peuvent prendre la parole, étayer leur intuition, puis revenir au symbole avec une assise plus solide. Aidons l'enfant à percevoir la notion sous ses deux faces: la rigueur du symbole, mais aussi la solidité de l'intuition qui l'a fait naître.
Trois gestes consolident cette posture dès la rentrée: varier volontairement les modalités d'entrée dans une notion, afin qu'aucun élève ne se sente exclu du « bon » chemin; valoriser explicitement les démarches de recherche chez toutes et tous, y compris quand la réponse n'est pas immédiate; et ouvrir avec les parents un dialogue sur les images que la maison transmet des mathématiques — le « je suis nul en maths » qu'on entend parfois dès l'enfance reste un stéréotype à déconstruire ensemble. Ce premier échange de l'année est un levier concret pour desserrer ces représentations avant qu'elles ne figent les parcours. Nous suivrons les synthèses issues de cette journée du Collège de France pour en partager, ici, les apports utiles à notre pratique.